J'aime pas les râleurs passifs (passe à l'action ou ferme-la) !

Publié le par Dunno

marrejob2.jpg"Putain, c'est vraiment une boite de connards, un jour je vais donner ma dem', ça s'ra bien fait pour leurs gueules !"

Il y a quelques années (pas mal l'intro, hin ?) j'ai bossé dans une boite connue sous le nom de l'Enfer. On me l'avait présentée comme ze boite dans le vent, une boite de jeunes... A l'entretien, ma future chef m'a dit "tu sais ici, on a tous entre 20-30 ans... on s'entend bien, des fois après le boulot on va boire un verre ensemble, c'est vraiment cool !". Elle était jeune, sympa, tatouée (moi aussi j'étais jeune, sympa et tatouée) et j'ai plongé à pieds joints. Une année de merde où j'ai fini par déprimer, à carburer au Lexo et aux somnifères... j'arrivais au boulot je chialais, j'étais insupportable avec mon entourage... j'en pouvais plus. Une vraie boite de connards où le but du jeu était de détruire les gens en leur disant constamment qu'ils font de la merde et en leurs faisant croire que les dirigeants étaient l'équivalent de Dieu, donc ils faisaient ce qu'ils voulaient en étant au-dessus des lois. Le pire, c'est que ça marchait, leur technique : prendre des jeunes diplômés qui ne connaissent rien à la vie active (il faut l'avouer, sauf si tu viens de terminer des études de droit, évidemment) afin de pouvoir les formater (les rabaisser) et surtout les payer au rabais. Quand tu sors des études, t'as un peu l'impression d'être redevable à cette boite qui t'a donné ta première chance de débutant (la première ligne valable sur ton cv, peut-être), l'impression que tu dois t'accrocher à tout prix (ou aux moins 2 ans pour faire valoir ton expérience) et surtout ne pas les décevoir (confusion entre le rôle du chef et celui du parent). En un an, j'en ai un peu vu de toutes les couleurs (aujourd'hui, mes deux chefs de l'époque ont été "remerciés"... ça me fait bien rire) et ça a mis du temps avant que mes cours de droit me reviennent à l'esprit.

Mais quelque part, ça a été aussi une bonne école où j'ai appris à repérer les connards, les cas sociaux, les boulets et surtout, à me défendre. Non, mon boss n'est pas Dieu. Il n'a pas le droit de parler comme à un chien même si son salaire fait 4 ou 5 fois le mien, le harcèlement moral n'est pas légal et même si c'est difficile à prouver, ce n'est pas impossible... Et puis s'il est pas content de mon taf, le boss, bah il trouve une faute et il me vire. Hin, quoi ? il me pousse à la démission... OK, ca prendra plus de temps alors... C'est quoi le numéro de l'Inspection du travail déja ?
Par la suite, quand j'ai eu à passer des entretiens, j'ai appris à observer. Si le DRH scannait chacune de mes réponses, je faisais pareille avec ses réponses, ses questions, son attitude. Le mec trop cool qui me parle comme si on était déja des futurs BFF, c'est un entourloupeur. Au contraire, le DRH coincé du cul et méga strict, ce n'est pas nécessairement mauvais signe, sauf s'il te demande quelle serait ta réaction si ton manager te gueulait dessus sans raison devant tout le monde (véridique). Et même si par la suite je décrochais le job, la première semaine j'avais les oreilles ouvertes et à l'affût. Les curieux et les comères te donnent généralement toutes les réponses aux questions que tu n'as pas posée "Ah tu remplaces machin ? Ah oui... il est en arrêt maladie... je veux pas te faire peur, mais bon... ton chef est un peu, heu, spécial hin... enfin tu verras haha !".

En Enfer, j'ai découvert une nouvelle catégorie de personnes. Les râleurs passifs. Ceux qui passent leurs temps à raler, à vérociférer, à menacer... dans le vide. Y en a des gentils, y en a des bien relous, mais finalement c'est toujours les mêmes phrases :
- Ptin j'en ai marre de cette boite, un jour je vais me barrer !
- De toutes façons, un jour je vais poser ma démission et puis voilà !
- T'as vu comment on est payé ici ? on nous prend pour des cons, on est bien en dessous du marché !
Au début on compatis, on comprend, on entend... on fait même écho des fois, pasque y a des jours où on en a sérieusement ras-le-bol de se lever tous les matins à 7 heures, de ses taper des cons dans les transports, tout ça pour un boulot qui, dans le fond, ne nous plait pas tant que ça et pis les collègues, et les chefs et raaaaaaah... des fois ça fait du bien de râler quoi ! Merde on est Français ou on l'est pas (joke). Alors on râle, on sort le Mal de nos entrailles et puis on passe à autre choses. Ou on agit si on se rend compte que, merde, en fait on en peut vraiment plus. On devient alors un râleur actif, qui contrairement au râleur passif, se sort les doigts du cul. Les râleurs passifs sont partout. Ca peut être le mec qui se plaint de la jalousie de sa nana mais qui ne la quitte pas, par exemple, ou l'épicière qui n'en peut plus des gamins qui chourrent dans son magasin et qui un jour, vraiment, elle en chopera un et appellera les flics... 

Mais c'est surtout au boulot qu'on retrouve les râleurs passifs, qui l'ouvrent mais qui finalement ne passent jamais à l'acte. En fait, tant que le râleur passif râle... il ne bougera pas (sauf cas exceptionnel). A partir du moment où le râleur passif ne râle plus... c'est là qu'il faut se méfier. C'est à ce moment là qu'il débarquera un beau jour, le sourire aux lèvres, pour annoncer sa démission (et accessoirement faire pâlir d'envie les autres râleurs passifs). En fait, c'est comme un suicidaire. Tant qu'il menace de se foutre en l'air, ça va. Et puis un jour, il ne menacera plus et on le retrouvera pendu. Comme on dit, c'est celui qui en parle le plus... qui en fait le moins.

En fait, c'est surtout que la règle d'or au boulot, c'est que quand tu as un projet, il ne faut pas en parler. Jamais. Tes collègues te veulent du bien, certes, mais, volontairement ou pas, ils te mettront dans la tête que ton projet est voué à l'échec. Parce que la collègue qui a 20 ans de boite, donc plus toute jeune, avec des gosses encore étudiants, qui a vécu à l'époque où tu restes dans la même boite toute la vie... même si son boulot ne lui plait plus, elle a peur de bouger. Peur de l'inconnu classique, peur de perdre son confort et sa routine rassurante... peur d'échouer. On peut pas lui en vouloir, on a tous les mêmes peurs. Mais la collègue doublée d'une râleuse passive est rassurée quand elle voit les mêmes gens autour d'elle. Mais voilà qu'un jour, quelqu'un lui dit "de toutes façons, je cherche ailleurs là !", et voilà que toutes ses alarmes internes s'activent.
Parce que le râleur passif, à toujours plein d'excuses toutes prêtes pour justifier son "j'ai envie de me barrer mais...". Il y a :
- l'excuse facile : "attends, c'est la crise ! Ici, je suis peinard au final... mais dès que la crise est terminée, hop hop hop, je ré-active mon CV sur Monster !"
- l'excuse je-connais-quelqu'un-qui : "attends, ça marche plus que par piston ! Ma belle-soeur, Josette, elle avait un ami dans le train qui l'a pistonné dans sa boite et pouf, elle a été prise. Autrement, ça marche pas !"
- l'excuse des enfants : "oué mais attends, avec mon petit bout... je trouverais jamais. dès que t'as un enfant, c'est foutu. je suis obligée de rester ici jusqu'à ce qu'il soit au collège au moins."
- l'excuse avouée : " attends, en même temps, on est pas si mal ici. Dans d'autres boites, c'est pire hin !"
- l'excuse du salaire/transport : "j'aimerais bien trouver plus près de chez moi, mais les salaires c'est pas les mêmes hin !" ou la variante "je veux bien rester dans le même secteur, mais j'aimerais bien évoluer niveau salaire. Mais là, pfff... ca voudrait dire plus d'heures et j'ai pas envie de rentrer chez moi tard, tu vois."

Des excuses, le râleur passif en a plein, toutes plus ou moins justifiées, mais c'est surtout que ça l'aide à cacher le fait qu'il n'ose pas, qu'il flippe, qu'en fait il ne fera rien du tout à part râler, tous les jours.

Alors bien sûr, je ne me fais pas d'illusions. Effectivement, on nage en pleine crise, il y a beaucoup moins d'offres qu'il y a 4 ans, on connait toujours quelqu'un donc l'expérience a) nous semble impossible, b) nous fait flipper. Je suis pas idiote (pas complètement), j'ai connu le chomage, l'intérim, la flippe des fins de mois, l'envie d'un boulot n'importe lequel, mais un boulot... Les temps ne sont pas faciles, mais comme j'ai toujours baigné dedans, je me retrouve souvent en désaccord avec mes collègues qui fêtent leur 20ème année dans la même boite.

Une fois j'étais avec mes collègues, à table. Et puis on demande des nouvelles de Machine, qui a quitté la boite il y a quelques mois pour aller bosser ailleurs. Truc nous répond "Oh lala, Machine, elle a trop de chances, ça se passe trop bien dans son nouveau taf. En plus c'est à 5 minutes en voiture de chez elle ET y a une crèche pour qu'elle y fasse garder son petit !". C'en était trop pour mes collègues... Aussitôt, elles ont abattu leurs cartes : ((((piston + chance) x enfant - crise)/horaire) x salaire²) = impossible que ça m'arrive...

Autant au début, je disais quelque chose du style "nan mais, si tu veux partir, mets ton cv sur le net, postules et vois comment ça se passe ! Y a encore de rares offres, mais tu peux trouver. Je connais quelqu'un qui..." et puis j'ai abandonné. Je voyais bien dans leurs yeux qu'on allait me dire "nan mais attends chérie, moi ça fait 25 ans que je bosse hin... tu jouais encore à la poupée quand j'ai commencé.", genre t'es trop naïve cocotte, tu connais rien à la life...
Oui, effectivement, je n'ai pas 45 ans. Sauf que justement, 25 ans dans la même boite, ça cloisonne. Le marché de l'emploi semble dangereux et incertain, du coup, vaut mieux rester planqué et attendre patiemment la retraite en comptant ses points plutôt que de risquer de perdre sa place douillette. Why not.
Et puis, c'est sûre que j'ai pas les mêmes que d'autres et c'est sûrement pour ça que l'idée de prendre quelques risques me fait moins peur : j'ai pas l'emprunt d'une maison à rembourser, pas enfant à charge... Là dessus, je suis hors compèt'. Mais bon, j'ai quand même un loyer à payer (vu que je peux pas acheter haha) et des frais qui vont avec. Alors c'est sûr, si je pouvais trouver ze boite parfaite et y rester jusqu'à mon éventuelle retraite, je le ferai. Mais bon, malheureusement, c'est pas le cas. La boite parfaite doit sûrement exister dans un monde parallèle où j'aurai un méga salaire en bossant de chez moi à raison de 4 heures par jour, un patron super cool (et canon) et des beaux gosses à poil (qui m'adulent, évidement) en guise de collègues... Oui, un monde parallèle, quoi.

Bref, j'ai pas 20 ans de boites, mais j'ai bossé en Enfer. Et ça, franchement, ça m'a remis les choses en place (ok, c'était un an, mais en même temps vous n'avez pas les détails). A défaut d'une boite parfaite, j'essaierai de trouver une boite correcte, quelque soit mes critères du moment. Et puis justement, j'ai appris à définir mes critères (enfin, ceux que j'ai aujourd'hui car dans 10 ans ou même 5 ans, je n'aurai peut-être plus les mêmes)  en me demandant pourquoi j'étais souvent insatisfaite de mon job au bout de quelques temps, et j'ai compris que parfois, c'est pas ma boite que j'aime pas, ni mes collègues, ni le temps de trajet, ni mon salaire... c'est juste mon boulot. J'aime pas mon métier, j'en ai jamais été fière et je me suis toujours sentie rabaissée, blessée dans mon petit orgueil en exerçant ce boulot. Depuis que j'ai compris ça, j'ai cherché ce que je voudrais faire et à ce jour, j'ai enfin un projet (*) en cours de route (non, c'est pas un bébé). Quand j'en ai parlé à mes râleurs passifs de collègue, ils ont été sympa mais ont quand même tiré l'alarme "attention, ici ça passera jamais. Ils (la boite aka Dieu tout puissant) n'aiment pas ça ici, ça sera refuser tu verras !)." Ca m'a fait douter, sérieusement. Mais je me suis quand même lancée, dans mon coin, sans rien dire (la règle d'or). Je suis un peu lente à me décider, mais une fois que c'est fait... je fonce. Et puis un jour je leur ai dit que ma demande a été acceptée par "Ils" (aka la boite, aka Dieu tout puissant).

Ca a donné quelque chose comme ça :







(*) projet à suivre, il me reste encore une démarche à faire alors si vous pouviez croiser les doigts pour moi, ce serait sympa.

Commenter cet article

HK 04/04/2012 03:32

Je croise les doigts pour toi alors !
Mais alors croises aussi un peu les doigts pour moi. Enfin t'es pas obligée.
Bon allé, "ganbare" comme dirait un Nipon... "Hold on" comme dirait un Ricain... et "Nike tout" comme dirait un petit con.

Bonne chance =)

Dunno 05/04/2012 00:04



Hey, ca fait plaisir de te revoir HK.


Je crois alors, mais faudra me dire pourquoi ^^


Mais dis-moi, un Ricain dirait "good luck", non ? ou un truc du genre "May the odds be always in your favor"...